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Les pesticides, une réalité toxique

Les dommages causés par les pesticides utilisés dans l'agriculture "relèvent de l'urgence mondiale", avertit Keith Tyrell, directeur du réseau Pesticide Action Newtork (PAN), en attirant notre attention sur des études choquantes qui révèlent que 300 000 personnes meurent chaque année d'intoxication aiguë aux pesticides.

Le réseau activiste PAN demande à l'Union européenne de faire preuve de plus de fermeté concernant l'utilisation des pesticides, en mettant en valeur des études scientifiques inquiétantes concernant les risques pour les petits agriculteurs. "1 à 3% des travailleurs agricoles sont empoisonnés chaque année par les pesticides. Un million d'entre eux sont si gravement touchés qu'ils doivent être hospitalisés ; ce chiffre est énorme, sachant que la plupart des intoxications ont lieu dans les pays en développement où les hôpitaux sont rares. Chaque année, on compte plus de 300 000 morts soudaines, dues à des intoxications aiguës, c'est-à-dire immédiates et violentes", explique Keith Tyrell, directeur de PAN UK.

"Ces chiffres sont très alarmants. Pour vous donner une idée de ce qu'ils représentent, environ 600 000 personnes meurent de la malaria chaque année. Les décès annuel liés aux pesticides équivalent donc à la moitié des décès annuels dus à la malaria, et la malaria fait couler beaucoup d'encre dans l'actualité. Elle représente effectivement un terrible problème, mais les empoisonnements aux pesticides relèvent eux aussi de l'urgence mondiale. Et encore, nous ne comptons ici que les intoxications aiguës, pas les chroniques, qui sont tout aussi tragiques. Chaque année, 250 000 personnes se donnent la mort en ingérant des pesticides."

L'industrie du coton, florissante et forte consommatrice de pesticides, est particulièrement inquiétante. Avec 25 millions de tonnes produites chaque année, la production de coton a triplé depuis les années 1930, et pourtant, les plantations elles-mêmes n'ont quasiment pas changé de taille. Au lieu de cela, la forte demande a donné lieu à une chaîne de production intensive et très dépendante des produits chimiques, gérée par des petits agriculteurs dans des régions telles que l'Inde, le Pakistan et l'Afrique de l'Ouest. Pour la majorité des cultivateurs, le coton est une grosse source de revenus, et il est très important d'obtenir un rendement satisfaisant.

Rien d'étonnant donc à ce que, selon les statistiques publiées par le WWF (Fonds mondial pour la nature), la culture du coton représente 24% des insecticides et 11% des pesticides achetés chaque année — un chiffre particulièrement élevé pour une culture qui ne représente que 2 à 3% des terres agricoles dans le monde. Environ 73% des récoltes sont produites dans des champs irrigués alimentés par les ressources en eau avoisinantes ; de ce fait, les pesticides utilisés pour ces cultures peuvent pénétrer ces systèmes hydriques, mettant en danger la faune et la flore sauvages.

D'autres recherches plus anciennes sur l'utilisation des pesticides ont tiré des conclusions inquiétantes concernant leurs effets sur la faune et la flore sauvage des environnements concernés. Une étude menée en 1983 à proximité de Corpus Christi (Texas) a démontré qu'une colonie de mouettes en période de reproduction a été affectée après avoir mangé des insectes empoisonnés par un insecticide conçu pour tuer les charançons du cotonnier (des insectes pondant leurs œufs dans les capsules de cotonniers), et épandu dans un champ de coton environ 5 kilomètres plus loin. Environ 200 mouettes adultes et 25% des petits de la colonie sont morts par empoisonnement. (White et al)

En 1996, une étude consacrée aux raisons de mortalité des poissons aux États-Unis a également conclu que l'écoulement des champs traités au pesticide Endosulfan a entraîné la mort de plus de 240 000 poissons sur une section de 25 km d'une rivière en Alabama. (Pesticide Action Network Update Service, 1996)

Plus récemment, des essais sur le terrain non publiés par deux géants dans l'industrie des pesticides, Bayer et Syngenta, ont confirmé que leurs produits étaient très dangereux pour les abeilles s'ils étaient utilisés à forte dose.

Une méthode alternative pour cultiver le coton

Néanmoins, des recherches de PAN ont démontré qu'il existait un moyen rentable de produire du coton sans pesticides, grâce à des alternatives moins coûteuses, plus sûres et plus respectueuses de l'environnement.

PAN a fait cette découverte après avoir travaillé pendant quatre ans dans sept pays d'Afrique, pour collecter des données sur l'utilisation des pesticides. "Quand les gouvernements autorisent des pesticides", explique Keith, "ils prescrivent une grande variété de critères d'utilisation. Par exemple, ne pas les vaporiser à proximité des cours d'eau, ne pas les vaporiser lorsqu'il y a beaucoup de vent, ne pas utiliser de pesticides toxiques pour les abeilles aux heures de la journée où elles sortent chercher leur nourriture, etc. Évidemment, toutes ces prescriptions sont ignorées. Pour empêcher ces effets secondaires, le seul moyen est d'établir des règles strictes, et de contrôler leur application."

"Nous avons découvert que 71% des agriculteurs stockaient leurs pesticides chez eux, sur leurs étagères dans leurs cuisines. 38% d'entre eux les vaporisent même en période de grand vent, presque aucun d'entre eux n'utilise d'équipement de protection, et 6 à 7% d'entre eux n'ont jamais reçu aucune formation sur l'utilisation des pesticides. Cela signifie non seulement qu'ils n'ont jamais été formés sur les risques et dangers que les pesticides présentent pour eux, mais aussi qu'ils ne savent pas comment utiliser les pesticides de façon à protéger l'environnement, ni même comment fonctionnent les pesticides tout court. Ils ne savent pas comment utiliser les pesticides de façon à éviter les parasites. Ce qui veut dire que la plupart du temps, quand ils utilisent des pesticides, ceux-ci ne produisent même pas l'effet souhaité."

Pour réagir face à ces constatations inquiétantes, des représentants de PAN ont travaillé avec l'Australian Cotton Research Institute pour développer un spray sans pesticides, à base de levure, sucre, maïs et déchets alimentaires. Des petits agriculteurs basés en Afrique ont ensuite testé ce spray et obtenu des résultats satisfaisants.

"Les sprays à base d'ingrédients alimentaires n'étaient pas une idée nouvelle, mais l'un des problèmes venait du fait qu'ils étaient fabriqués par des entreprises bio spécialisées, et donc trop chers pour les agriculteurs", explique Keith. "Le spray que nous avons développé est fabriqué par les agriculteurs eux-mêmes, en suivant une recette conçue spécialement par l'Australian Cotton Research Institute pour s'adapter aux régions concernées et aux parasites qui y vivent."

Les résultats se sont montrés particulièrement satisfaisants une fois que les profits ont été pris en compte. Les récoltes de coton bio et de coton bio traité au spray alimentaire étaient certes moins abondantes que celles du coton conventionnel traité aux pesticides, mais aussi et surtout beaucoup moins coûteuses en amont ; par conséquent, les agriculteurs récupèrent une part bien plus importante de leurs profits.

"La culture du coton conventionnel coûte très cher. Dans certaines parties d'Afrique, les cultivateurs de coton dépensent 60% de leurs revenus dans l'achat de pesticides. En termes de bénéfices, on constate que le coton bio traité au spray alimentaire est beaucoup plus rentable pour les petits agriculteurs que l'utilisation d'insecticides", déclare Keith.

Ce spray alimentaire est actuellement utilisé par 2000 agriculteurs en Éthiopie et 3000 au Bénin. PAN vient également de lancer un manuel open source, permettant à tous les cultivateurs de coton dans le monde de fabriquer et d'utiliser eux-mêmes le spray. Le groupe l'a partagé avec l'organisation Better Cotton Initiative, qui forme deux millions de cultivateurs de coton chaque année. Keith espère que cette avancée aidera à réduire l'utilisation des pesticides.

Keith et ses confrères sont convaincus que des solutions telles que ce spray alimentaire peuvent permettre aux fermiers d'augmenter leurs revenus, préserver leur santé et réduire les dommages actuellement causés à l'environnement — et ils ont des chiffres pour le prouver. Une étude récente menée par l'Université d'Essex sur des projets agricoles dans 57 pays a démontré que les agriculteurs appliquant des méthodes agroécologiques augmentaient leurs récoltes de 79% par hectare en moyenne — et jusqu'à 117% en Afrique subsaharienne !

"Nous savons qu'en adoptant des méthodes agroécologiques, les petits agriculteurs peuvent doubler leur production en dix ans", explique Keith. "L'agroécologie s'avère plus efficace que les méthodes d'agriculture conventionnelles dans les régions habitées par les populations les plus pauvres. Les pesticides sont donc inappropriés dans ces régions non seulement parce qu'ils sont dangereux pour la santé, mais aussi parce qu'ils sont moins efficaces pour produire de quoi manger."
 

Un avenir sans pesticides ?

Sachant que des alternatives telles que le spray alimentaire de PAN sont un succès pour ceux qui les adoptent, et que de plus en plus d'études démontrent l'effet nocif des pesticides sur notre environnement et notre santé, une question se pose d'elle-même : pourquoi les autorités de santé mondiales n'en font-elles pas plus pour limiter l'utilisation des pesticides ?

L'autorité responsable des politiques européennes — à savoir l'Union européenne — reste prise en étau par de puissants lobbyistes de l'industrie des pesticides, qui dépensent chaque année des millions pour défendre l'idée que les herbicides et insecticides vendus dans nos supermarchés sont non seulement sûrs, mais essentiels pour nourrir une population grandissante. Les représentants de cette industrie ont combattu à maintes reprises les tentatives des pays membres de réduire l'utilisation des pesticides, et d'interdire ceux qui sont de plus en plus prouvés comme dangereux pour les écosystèmes et la santé humaine.

L'un des plus récents exemples de lobbying à l'œuvre s'est produit en réaction à l'interdiction de trois néonicotinoïdes (une classe de pesticides) prouvés dangereux pour les abeilles en 2013. 44% des demandes de dérogation aux restrictions d'usage pour cas extrêmes viennent de fabricants de pesticides, d'associations commerciales ou de producteurs de graines, contre seulement 14% venant de parties indépendantes de l'industrie. (Précisons par ailleurs que la France est championne d'Europe en termes de demandes de dérogation.) Deux des plus importants fabricants de pesticides dans le monde, Syngenta et Bayer, ont aussi contesté en justice la décision de l'Union européenne dans l'espoir d'annuler cette interdiction, pourtant basée sur des preuves conséquentes du lien entre les néonicotinoïdes et l'effondrement des populations d'abeilles.

Nick Mole, chargé des politiques de PAN UK, fait partie du réseau international s'opposant à l'utilisation des pesticides. "Les producteurs de pesticides dépensent des millions chaque année dans des actions de lobbying pour que les gouvernements mondiaux maintiennent le statu quo. Ils présentent des informations pseudo-scientifiques calomnieuses, qui donnent une image trompeuse des avantages des pesticides. L'industrie est consciente que ses produits sont inutiles pour lutter contre les insectes et herbes qui dégradent réellement la production agricole, et qu'ils n'entraînent pas plus de bénéfices ; malgré cela, les pesticides restent très présents sur le marché, parce qu'ils générent de gros profits pour les firmes impliquées."

Les militants comme PAN pensent que le pouvoir du peuple est le seul moyen d'établir un changement durable, et le fait que l'opinion publique change lentement mais sûrement leur donne bon espoir pour l'avenir. Ces dernières années, le public et les gouvernements sont de plus en plus sensibles aux dangers des pesticides et aux alternatives existantes, ce qui leur permet de remettre en question ce que l'industrie leur raconte. Les pesticides sont interdits dans les parcs et jardins publics de villes telles que Paris, Copenhague et Lyon, et l'Union européenne est sous pression grandissante pour interdire des herbicides prouvés toxiques, comme le glyphosate. En France, l'utilisation des pesticides sera interdite aux particuliers d'ici 2019.

À mesure que les militants, les gouvernements et surtout le public remettent en question notre dépendance aux pesticides, le nœud du problème devient de plus en plus clair : quelles sont les motivations des personnes qui défendent si ardemment l'idée que ces substances sont essentielles ?

Sites officiels de Pesticide Action Network International et PAN UK

Commentaire (1)
1 Commentaire

FAMILLELBBF_1390352

il y a environ 2 ans

Dommage qu'il ne mentionne pas le cas du coton Bt (OGM) au Burkina Faso. Sinon je partage tout a fais ce qui est dit sur L"agroécologie et les cultivateurs africains.