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Fête des Pères : Comment mon père m'a appris à être moi

La Fête des Pères célèbre le lien entre un père et ses enfants ; mais dans la communauté LGBTQ+, tout le monde n'a pas toujours la chance d'être proche de ses parents. Dans cet article, Dave Parry, de la boutique de Lush Oxford Street à Londres, nous parle de sa relation avec son père, et de comment elle a transformé sa perception des stéréotypes de genre.

C'est mon papa qui m'a appris que je pouvais être qui je voulais, et que me conformer aux stéréotypes de genre n'avait aucune importance, du moment que j'étais heureux. C'est lui qui m'a appris à être doux, vulnérable, sincère et prompt à voir le bon côté des choses. Notre relation n'a pas toujours été facile, mais maintenant que j'ai la trentaine, je peux affirmer qu'elle m'est extrêmement précieuse.

Je dois admettre que j'ai assez peu de souvenirs d'enfance partagés avec mon père. À l'époque, il assurait un service de maintenance de caravanes au camping du coin, et il me laissait revisser les bouchons sur les bons bidons et les bonnes bouteilles quand il avait terminé. L'art de faire travailler ses enfants en prétendant que c'est un jeu ! Je me souviens qu'il aimait me taquiner en m'attrapant pour frotter sa barbe qui piquait sur mon visage. Je me souviens aussi qu'il faisait beaucoup de farces. Un Noël, par exemple, il a traumatisé toute la famille en nous faisant croire que le Père Noël avait volé Noël et l'avait emporté loin de la maison ; en réalité, il avait tout caché, décoration, sapin et cadeaux compris, dans le garage, jusqu'à ce que le pot aux roses soit découvert par un trio d'enfants en larmes.

Ma mère est partie quand nous étions très jeunes, et il s'est d'un coup retrouvé seul responsable de trois enfants en bas âge. Ça n'a vraiment pas dû être facile pour lui, surtout en ajoutant le poids émotionnel d'un mariage brisé, et la pression d'un métier où tout évoluait trop vite en permanence. Quand nous étions jeunes, mon père était souvent loin, travaillant dur toute la journée pour gagner sa vie et celle de sa famille. il remplissait tant bien que mal sa fonction supplémentaire de père célibataire, en nous préparant souvent les mêmes repas basiques ou en nous confiant régulièrement à nos grands-parents.

Au bout d'un moment, nous sommes parti·e·s vivre avec notre mère et son compagnon dans les Midlands, et nous ne voyions plus notre père que pendant les vacances scolaires. Pendant ces vacances, je revoyais ma famille du Pays de Galles, et j'en profitais pour passer du temps sur les plages avec mes ami·e·s de là-bas. Entre ces visites éparses, mon père avait construit sa vie sans nous de son côté, avec une nouvelle femme et de nouveaux enfants.

Je ne me suis jamais trop soucié de me comporter de façon typiquement masculine parce que j'étais un garçon. Comme j'ai principalement été élevé par ma mère et aux côtés de trois sœurs, la force des femmes faisait partie de mon quotidien. Mais quand ces deux nouveaux frères sont entrés dans ma vie, j'ai remarqué que le foyer de mon père était devenu plus "stéréotypiquement masculin" : on maniait les outils avec plaisir, on parlait football... Toutes ces choses-là me semblaient étrangères. Mon père me proposait de m'aider à bricoler, mais moi, je ne voulais pas me salir. C'était une atmosphère très différente de celle à laquelle j'étais habituée, et j'avais l'impression de ne pas être à ma place.

Avec le recul, je me rends compte de choses que je n'avais pas réalisées étant enfant. Mon père ne s'est jamais préoccupé des stéréotypes de genre. Il adorait bricoler, mais il m'achetait toujours les jouets que je voulais, sans se poser la question de si c'était un Petit Poney ou un Power Ranger. Le principal problème, en l'occurrence, était mon manque de confiance en moi, et ses conséquences sur mes relations avec mon entourage.

Ma relation avec mon père s'est détériorée pendant mes études secondaires. Il comparait mes résultats avec ceux d'autres personnes parce qu'ils étaient moins bons, et j'en ai beaucoup souffert, car si mes notes avaient baissé, c'était parce que je passais beaucoup de temps à m'occuper de ma mère, atteinte d'un cancer à l'époque. Je ne lui ai pas reparlé avant plusieurs mois, et cette conversation-là s'est aussi mal terminée ; je lui ai fait comprendre qu'il ne me connaissait pas du tout en tant que personne — et il faut reconnaître que c'était vrai. Nos vies avaient pris des chemins très différents, avec des conséquences très différentes. Je n'étais pas un modèle de virilité comme ses autres fils, et en y repensant, je réalise qu'à l'époque, je ne partageais rien sur moi-même avec mon père. Je m'étais refermé sur moi-même. Coupé de lui. Je ne lui avais jamais vraiment permis de mieux me connaître.

Après cela, nous n'avons pas reparlé pendant des années, jusqu'à ce que ma sœur me convainque de renouer avec lui. Pour être franc, j'étais terrifié. À la fin de mes études, je me sentais finalement libre de m'exprimer tel que j'étais vraiment. J'avais profité de la fin mon adolescence pour explorer ma sexualité et mon image de moi-même, et arriver à des conclusions qui me semblaient authentiques et fidèles ce que je pensais, ce que je voulais être. Mais je ne savais pas comment mon père, avec sa vie typiquement masculine, prendrait cette nouvelle image de moi. Il s'avère que je m'inquiétais pour rien !

Je ne me souviens même pas avoir eu cette étape de transition un peu gênante que je redoutais, où nous réapprendrions à vivre ensemble dans cette nouvelle dynamique ; mon père m'a immédiatement accueilli à bras ouverts, plein d'affection et de respect. Il avait tout de suite compris qui j'étais, et je ne voulais plus rien lui cacher. Nous étions père et fils, mais aussi égaux et amis. Mon père est né et a vécu dans une petite ville littorale du nord du Pays de Galles, où tout le monde se connaît et il n'y a pas beaucoup de diversité. Mon père est un bricoleur à l'ancienne, bien intégré dans sa communauté, mais il n'a jamais levé un sourcil face à son extravagant fils gay, lorsque celui-ci est revenu dans son petit village.

Je n'ai pas eu besoin de coming-out pour que mon père comprenne qui je suis. Je n'ai jamais ressenti le besoin de le cacher ; c'était tout simplement une partie de moi, qui était acceptée telle quelle. Un jour, lors d'une virée dans son van, il m'a simplement dit : "Tu sais, je me fiche que tu sois gay, du moment que tu es heureux." Je pense qu'il ne réalise pas à quel point ces paroles m'ont touché. Je me suis toujours considéré extrêmement chanceux de faire partie d'une famille qui comprend qui je suis, sans que j'aie eu à batailler pour lui faire accepter ma sexualité, comme je sais que c'est le cas pour de nombreuses personnes de ma communauté.

Je crois que le souci n'a jamais été d'être accepté par mon père. Mon principal défi, c'était de m'accepter moi-même. C'est seulement au moment où j'ai appris à être plus sûr de moi, et de qui j'étais, que j'ai pu nourrir ma relation avec mon père, et lui en apprendre plus sur moi, dans une optique d'échange et de partage.

J'aime énormément mon père. C'est lui qui m'a appris que personne n'a besoin de se conformer à un modèle pour s'affirmer. Il m'a appris à accueillir la vie avec le sourire, et à aller de l'avant quand les choses tournent mal. Je me sens extrêmement fier quand les gens voient immédiatement que nous sommes de la même famille, quand nous nous promenons ensemble dans sa ville. Bien sûr, il y a des moments où nous oublions de nous appeler, ou nous ne nous voyons pas pendant longtemps, pour une raison ou pour une autre. J'habite à Londres, loin de chez mon père, et j'y mène une vie très chargée ; mais je sais que j'ai, au nord du Pays de Galles, un endroit où je peux retourner dès que j'en ressens le besoin. Peu importe quand, je sais qu'il sera toujours là pour moi.

Et d'ailleurs, il serait grand temps que je l'appelle ! Je t'aime, papa.

 

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