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Comment stopper la pollution plastique des océans

À Amsterdam, un supermarché vient d'annoncer le premier rayon "100% sans plastique" au monde, avec uniquement des emballages en matières alternatives. Cela signifie-t-il que nous allons dans la bonne direction pour sauver nos océans de la pollution par les plastiques ? L'Ocean Plastics Crisis Summit, qui a eu lieu le 20 février 2018 à Londres, a rassemblé un panel d'experts pour discuter de ce problème et trouver des solutions face à la menace actuelle de vivre dans une "planète plastique". Reportage par Katie Dancey-Downs, rédactrice Lush Times.

Un océan de plastique

Sur une plage du Kenya, Roger Harrabin, analyste environnemental pour la BBC, relâche une tortue dans la mer. Des laxatifs avaient été administrés à cette tortue les trois semaines précédentes, pour évacuer la quantité considérable de plastique contenue dans son estomac, qu'elle avait avalée par erreur dans son environnement naturel. En quittant la plage, Roger se retourne une dernière fois. À l'endroit précis où il a relaché la tortue se trouve maintenant un petit garçon qui boit dans une bouteille en plastique. Une fois la bouteille vide, l'enfant la jette par-dessus son épaule et elle retombe sur le sable.

En racontant son histoire à l'occasion de l'Ocean Plastics Crisis Summit, Roger est clairement exaspéré. Heureusement, il a aussi un message d'espoir : en 30 ans de travail en tant que journaliste pour la BBC, il n'a jamais vu le grand public si impliqué face à une cause.

Rassemblés à la Royal Geographic Society de Londres, les intervenants de l'Ocean Plastic Crisis Summit s'expriment sur scène pour proposer des solutions possibles aux dommages causés dans les océans par les humains, sous forme de pollution plastique. L'événement est organisé par Artists Project Earth, une organisation qui mobilise le pouvoir de la musique et des arts pour faire face aux défis environnementaux du XXIème siècle.

L'Ocean Plastic Crisis Summit a été ouvert par Bianca Jagger, ancienne actrice et défenseuse des droits sociaux et humains. Dans son discours d'ouverture, elle souligne la gravité du problème : "En un siècle, l'habitat naturel le plus vaste de la terre est devenu un cimetière de plastiques."

Le plastique semble aujourd'hui envahir la vie marine dans tous ses aspects. Selon une étude de la fondation Ellen Macarthur, si nous continuons à ce rythme, il y aura plus de plastique que de poisson dans les océans d'ici 2050. Ces objets en plastique, qui commencent leur vie sur terre, finissent dans les océans parce qu'ils ne sont pas collectés ou recyclés correctement.

Les oiseaux marins en subissent aussi les conséquences : certains sont retrouvés morts, l'estomac rempli d'objets tels que des bouchons de bouteille ; des cartouches d'imprimante ou des balles de golf. Ces objets indigestes ont encombré leur estomac et les ont empêché de manger.

Plus inquiétant encore que ces gros déchets plastiques, il y a aussi le problème des microplastiques. Les objets déversés dans la mer comme les sacs en plastique, les filets de pêche et autres déchets issus des emballages se décomposent sous l'effet du soleil, et deviennent de minuscules particules de plastique appelées microplastiques. Ces particules sont bien trop petites pour être repêchées dans les océans.

Les microplastiques sont ensuite ingérés par le plancton, groupe d'organismes microscopiques tout en bas de la chaîne alimentaire. Les poissons et autres animaux marins qui mangent le plancton ingèrent donc les microplastiques qu'il contient. Et quand les êtres humains mangent les poissons, ils mangent donc aussi les microplastiques.

En France, le gouvernement a pour objectif de recycler 100% des plastiques d'ici 2025. Un objectif ambitieux, mais est-ce suffisant ?

Les plastiques dans les océans sont déjà illégaux

Selon Oliver Tickell, journaliste, écrivain et défenseur de l'environnement britannique, nous disposons déjà de la législation internationale nécessaire pour affronter ce problème. Quand les pays autorisent la pollution des océans par les plastiques, il s'agit clairement d'une violation de la loi internationale.

À l'occasion du Lush Summit, Oliver a lancé une publication produite par Artists Project Earth, sur le problème de la responsabilisation des coupables de la pollution marine par les déchets plastiques. La législation est certes en place, mais selon Oliver, elle n'est pas appliquée comme elle devrait.

Parmi la longue liste de lois citées par Oliver qui rendent illégale la pollution de l'océan par les plastiques, se trouve la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Cette loi, entrée en vigueur en 1994, stipule que les États doivent "empêcher, réduire et contrôler la pollution de l'environnement marin, quelle qu'en soit la source".

En 1995, la Washington Declaration on Protection of the Marine Environment from Land-based Activities (déclaration de Washington sur la protection de l'environnement marin des activités terrestres) liste un certain nombre de moyens de faire face à la pollution marine par les plastiques. Cette déclaration n'est pas juridiquement contraignante, mais en appelle au pouvoir de la "force de morale". Les gouvernements ayant participé à la conférence des Nations unies du 23 octobre au 3 novembre 1995 ont accepté cette déclaration. Ces signataires ont déjà accepté de "mener une action soutenue et efficace contre les impacts des activités terrestres, quelles qu'elles soient, sur l'environnement marin". La déclaration mentionne un certain nombre d'éléments polluants, y compris les déchets laissés à l'abandon.

Il ne s'agit là que d'un exemple sur une longue liste de règlements, contraignants ou non, qu'Oliver Tickell cite dans son rapport. Selon lui, si nous démarrions ce procédé sans aucun élément de base, la bataille pour mettre en place une loi internationale contre la pollution plastique pourrait durer une vingtaine d'années.

"Heureusement, nous n'avons pas ce travail devant nous. Nous avons déjà 20 ans d'avance, grâce à tous ces accords internationaux déjà en place", commente-t-il.

Le contrôle de l'application de ces lois peut s'avérer difficile, mais les citoyens peuvent aussi faire pression et exiger que les gouvernements respectent leurs obligations légales.

"Nous devons rappeler aux gouvernements les engagements qu'ils ont pris", explique Oliver.

Solutions à la pollution plastique

Les intervenants de l'Ocean Plastics Crisis Summit sont clairement en accord à ce sujet : la solution à la pollution plastique n'est pas de nettoyer les océans, mais avant tout d'empêcher les plastiques d'y pénétrer.

Bianca Jagger souligne que pour y parvenir, il faut respecter quelques étapes clé. Tout d'abord, le monde doit tourner le dos aux plastiques à usage unique. Si nous utilisons du plastique, il doit être réutilisé au lieu d'être jeté, et de meilleures initiatives de recyclage sont nécessaires. Il nous faut aussi concentrer notre attention sur les pays en développement qui génèrent une grande quantité de déchets et ont besoin de meilleurs système de collecte des ordures, et d'encouragement à revaloriser leurs déchets plastiques.

Les intervenants proposent un certain nombre de solutions pratiques. Pour commencer, une consigne sur les bouteilles en plastique, tels qu'elle existe dans certains pays, pourrait être mise en place dans davantage de pays. Par exemple, la Norvège, l'un des pays européen les plus avancés en termes de recyclage, impose une consigne sur les bouteilles en plastiques, remboursée aux consommateurs uniquement lorsqu'ils rapportent leurs bouteilles vides dans une machine dédiée. Un système similaire pourrait bientôt être appliqué en Écosse, où le groupe Zero Waste Scotland aide actuellement le gouvernement à mettre cette idée en pratique.

Pour beaucoup, le design des produits est au cœur du problème. Comment le design des produits à base de plastique (emballages ou autres) peut-il être revu pour réduire leur impact sur l'environnement ?

"Chaque emballage fabriqué devrait être recyclé. Nous n'avons aucune raison de fabriquer des emballages qui ne seraient pas recyclables", déclare le professeur Ed Kosior, directeur général de Nextek, une organisation spécialisée dans les solutions de recyclage des plastiques.

Tous les intervenants n'exigent pas nécessairement un monde sans aucun plastique ; certains d'entre eux affirment que le plastique remplit une fonction très importante. Par exemple, les emballages plastiques permettent aux produits de se conserver plus longtemps, et évitent ainsi un certain gaspillage alimentaire. Toutefois, ces intervenants ajoutent que ces plastiques doivent être conçus pour être recyclés, et aussi (ce qui est tout aussi important) être recyclés correctement.

En revanche, Willemijn Peeters, directrice du groupe Searious Business, pose les questions suivantes : l'utilisation du plastique est-elle réellement nécessaire, et si c'est le cas, ne pouvons-nous pas au moins cesser d'utiliser des matières vierges ?

Willemijn résume la question du flot de plastiques déversés dans la mer par une métaphore : "Je pense que le plus intelligent à faire, quand on est face à un robinet qui fuit, c'est de couper l'eau."

Willemijn souhaiterait voir plus de marques s'imposer comme vecteurs de changement ; c'est pour cette raison que Searious Business a développé "Plastic Scan", un outil en ligne qui aide les entreprises à évaluer leur utilisation du plastique, et recommande des améliorations possibles. Ne pas savoir quoi faire ou par où commencer n'est plus une excuse valable.

Une nouvelle vague

"Quand les archéologues du futur examineront ce qui reste des XXème et XXIème siècles, que trouveront-ils ? Nous vivons littéralement sur une planète plastique", déclare Peter Maddox, directeur du Waste and Resources Action Programme ou WRAP (association britannique d'action pour une meilleure gestion des déchets et des ressources), à l'occasion de l'Ocean Plastics Crisis Summit.

Le plastique est une matière bon marché, durable et polyvalente, et c'est ce qui le rendait si attractif au départ. Aujourd'hui, c'est précisément ce qui nous désole, commente-t-il.

"Nous avons fait beaucoup de chemin, mais nous avons encore tant à accomplir."

L'Ocean Plastics Crisis Summit a donné l'occasion à ses intervenants de proposer des solutions possibles, mais les discussions ne s'arrêtent pas là. L'événement a donné lieu a la formation d'une équipe chargée de créer un manifeste d'action contre la pollution des océans par les plastiques. L'équipe rassemble des scientifiques, des académiciens, des experts du développement durable, des journalistes et des activistes locaux. Cette coalition se prépare à lister des recommendations de politiques, de technologies et d'actions locales.

Les personnes composant cette équipe ont non seulement l'expertise nécessaire, mais sont aussi de fervents défenseurs de la santé de notre planète. En attendant leur manifeste, une seule question demeure : les dirigeants du monde les écouteront-ils ?

Photo : David Jones @justoneocean

"Quand les archéologues du futur examineront ce qui reste des XXème et XXIème siècles, que trouveront-ils ? Nous vivons littéralement sur une planète plastique." Peter Maddox, directeur du WRAP

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