Recevez votre colis sous 24h ouvrées | Livraison gratuite à partir de 60€ | Plus d’infos

NOTRE SÉLECTION

Comment le Centre de permaculture Gayo développe des méthodes d'agriculture durables

Rapport de terrain par l'équipe Achats de Lush 

Dans ce rapport, Simon Constantine, responsable de l'équipe Achats, décrit sa visite d'un centre de permaculture dirigé par Lush en conjonction avec l'ONG Orangutan Information Centre. Le Centre de permaculture Gayo apprend aux agriculteurs locaux à enrichir leurs propres terres, de façon à les dissuader de déboiser de plus en plus de terrain forestier protégé, et d'utiliser des méthodes non durables et destructrices comme l'agriculture sur brûlis.

C'est la saison des pluies à l'orée de la réserve forestière de Gayo Lues. Le chemin escarpé de terre orange sombre, parsemé de ruisselets, mène la vie dure à notre 4x4 tandis que nous remontons la colline. Le village n'est pas loin, mais il n'est pas facile d'accès : notre véhicule nous bringuebale d'un côté, puis de l'autre. Ma collègue cache son visage derrière son écharpe : elle sait qu'un trou assez profond nous attend sur notre droite quelques mètres plus loin. Heureusement, tant bien que mal, nous finissons par parvenir au Centre de permaculture Gayo.

Perché au sommet de l'une des nombreuses et abruptes collines du nord de l'île de Sumatra, en Indonésie, ce Centre, qui avoisine directement le parc national de Gunung Leuser, aborde la permaculture de façon unique et novatrice. Fondé il y a deux ans seulement, le Centre de permaculture Gayo est le fruit d'une collaboration entre Lush et l'Orangutan Information Centre (OIC, une ONG pour l'environnement basée à Sumatra). Le parfum est au cœur même de son activité.

Dans cette région du monde, on trouve plusieurs des principaux ingrédients aromatiques utilisées pour produire des fragrances. La citronnelle y pousse en grosses touffes à proximité des pins indigènes, qui recouvrent le paysage. La vanille et le patchouli (l'un des ingrédients préférés des hippies, dit-on) y sont également présents en abondance.

Hélas, comme c'est souvent le cas en agriculture, au fil des années, les bonnes pratiques de culture et de récolte ont été remplacées par les mauvaises. Là où il n'y avait autrefois que des cultures simples et résistantes face aux parasites, les fermiers ont aujourd'hui adopté déboisements, brûlis et engrais chimiques, ce qui a rendu les plantes plus vulnérables face aux infestations.

La végétation sur les collines escarpées est rasée et les forêts déboisées, puis remplacées par des cultures de patchouli ou de piments, sur un terrain recouvert de paillis en plastique et de produits chimiques. En cette saison des pluies, le fait que cette stratégie ne fonctionne qu'à court terme apparaît comme une évidence : lors de notre trajet depuis Medan, nous avons été témoins de nombreux glissements de terrain. Le sol est une ressource précieuse qui se dégrade rapidement. Un an après avoir installé leurs cultures, les fermiers constatent que la fertilité du sol a baissé de façon considérable, à tel point qu'ils doivent trouver de nouvelles terres à cultiver ; et donc, à la saison suivante, ils déboisent encore plus de forêt.

"Nous pouvons briser ce cycle déboisement-culture-abandon du terrain", déclare Sabar, l'agriculteur qui a conçu et dirige maintenant le Centre de permaculture Gayo. "C'est ce que nous espérons au Centre de permaculture Gayo. Nous souhaitons former les agriculteurs locaux à la permaculture, et à des méthodes de récolte plus durables."

Sabar a été, en quelque sorte, "adopté" par le monde de la permaculture à l'âge de 12 ans, quand lui et son frère ont perdu leurs parents dans le tsunami de 2004. Il a alors été recueilli par l'IDEP, un centre pour la permaculture et le développement durable à Ubud (Bali) ; ce centre est devenu sa maison, et l'endroit où il a tout appris sur la permaculture. Mais Aceh, la région natale de Sabar, lui manquait ; il a donc sauté sur l'occasion d'y retourner en participant aux projets du Centre de permaculture Gayo et de Lush.

Le premier défi de Sabar est de donner l'exemple en démontrant que la permaculture peut préserver la fertilité du sol sur le site de 10 hectares. Ce projet est particulièrement important car il donnera aux agriculteurs locaux une bonne raison de rester sur leurs propres terres, plutôt que de déboiser d'autres zones protégées.

En 2015, le Centre de permaculture Gayo a commencé à réparer le sol en y ajoutant du compost et en retirant les palmiers instables. L'état des cultures s'y est déjà amélioré, et les communautés locales admirent ce terrain qu'elles pensaient incultivable, et qui pourtant produit maintenant des rangées entières de tomates, d'aubergines, de piments et de courges.

Le Centre de permaculture Gayo relève maintenant des défis plus importants, comme établir une agroforesterie à plus grande échelle, pour cultiver sur plusieurs demi-hectares la vanille (récoltée au sommet d'arbres locaux fixateurs d'azote), la citronnelle et le patchouli. Chacune de ces cultures est alimentée par une généreuse quantité de compost et de paillis, à mesure que les agriculteurs y ajoutent des arbres fruitiers variés. Des petits barrages ont été construits pour que les sources naturelles alimentent mieux le site, de façon à établir un système d'arrosage principalement par gravité. Quand les agriculteurs ont besoin de plus d'eau, un mécanisme de pompage leur permet de s'alimenter dans une rivière à proximité. La prochaine étape sera de mettre en place une cuve de distillation pour extraire les huiles essentielles, afin de boucler le cycle culture-récolte-traitement tout en optimisant la qualité du résultat.

L'OIC a également commencé à former des groupes d'agriculteurs qui travailleront ensemble pour en apprendre plus sur la permaculture. Il ne serait pas juste de les juger sévèrement parce qu'ils se sont éloignés de leurs pratiques traditionnelles plus durables, ou parce qu'ils ont tendance à mordre de plus en plus loin sur les zones forestières protégées à la recherche d'un sol de meilleure qualité pour faire pousser leurs cultures. La plupart de ces changements sont le résultat de la guerre civile ; et si les agriculteurs admettent qu'ils aimeraient revenir à des méthodes plus durables, il est évident qu'il faudra en faire un peu plus pour les convaincre des avantages de la permaculture. Dans ce contexte, le Centre de permaculture Gayo constitue une ressource particulièrement précieuse : il présente un exemple concret des techniques à adopter.

En outre, la nouvelle cuve de distillation qui sera bientôt installée à proximité des agriculteurs n'est pas une cuve de distillation ordinaire. Elle sera alimentée par énergie renouvelable, générée par un micro-barrage hydroélectrique dans la rivière locale. Cette installation permettra une exploitation moins lourde de la forêt, qui souffre encore du fait que les quelques alambics placés le long des collines doivent être alimentés avec du bois.

Le Centre de permaculture Gayo est un site jeune en plein développement, qui contribue grandement à la culture durable de la citronnelle, de la vanille, du patchouli et d'autres ingrédients utilisés en cosmétique et en parfumerie qui sont produits dans la région. Les hommes et la nature y travaillent en harmonie, pour développer les meilleures senteurs.

Images :

(Gauche) : Fabrication du compost au Centre de permaculture Gayo pour favoriser la croissance de plantes productrices d'huiles essentielles. Les agriculteurs sont formés à cette technique pour ne pas avoir à cultiver sur les forêts primaires.

(En bas) : Sabar montrant le fruit de son travail sur le site de démonstration. 

Making compost at Gayo Permacuture Centre to be able to grow essential oil crops. This is part of the training to farmers so then there isn't the need to rely on growing crops in the primary forest.
Gayo Centre

"Nous pouvons briser ce cycle déboisement-culture-abandon du terrain. C'est ce que nous espérons au Centre de permaculture Gayo. Nous souhaitons former les agriculteurs locaux à la permaculture, et à des méthodes de récolte plus durables."

Commentaire (1)
1 Commentaire